Messaline. La putain impériale par Jean-Noël Castorio (2015)

Publié le 25 Mars 2015

Sur les sites webs de vulgarisation historique, la publication de cette biographie est plutôt saluée positivement. Il s'agit, en effet, à ma connaissance, de la seule biographie écrite à ce jour en français sur la femme de l'empereur Claude. Messaline (20-48) a mauvaise réputation et est devenue aujourd'hui un mythe. Elle passe, déjà dans l'Antiquité, pour une "putain" et en tout cas pour une femme aux moeurs dissolues. Dans la première partie, l'auteur revient sur les auteurs antiques qui ont très tôt véhiculés une "légende noire" de l'impératrice". Dans la seconde partie, il est question de la Messaline des Modernes, de l'histoire au mythe. Messaline appartient à ces "inconnus" de l'histoire, dont les historiens connaissent peu de choses. L'impératrice est pourtant connue de réputation et il y a bien plus à dire sur le mythe que sur la personnalité historique qui a vécu au Ier siècle de notre ère.

De manière générale, il s'agit d'une biographie bancale. Je m'explique. Au niveau du fond, il n'y a rien à dire. C'est un travail sérieux qui transparaît, même pour le non spécialiste, au plus près des sources antiques. Là où le bas blesse, si j'ose dire, c'est au niveau du style et même du parti pris biographique. Pour moi, il y a deux grands types de biographies : 1/ à la française, très littéraire et synthétique, priviligiant la sobriété et souvent l'absence d'appareil critique ; 2/ à l'anglaise, très détaillée et très érudite, avec souvent un appareil critique abondan. Entre les deux, apparaît une sorte de synthèse, qui se développe notamment chez Tallandier (souvent avec grand succès) ou chez Perrin (même si cette maison mélange les genres). C'est le cas pour Payot.

Les biographies de cette maison, que je n'aime pas en général, ont un format reconnaissable et un style "payot" en quelque sorte : de l'érudition (présence d'un appareil critique), mais avec un nombre de page réservé en général à des biographies à profil littéraire. Bref, un format un peu à la Perrin, mais avec, malheureusement la qualité littéraire en moins et c'est bien ce que je reproche à cette biographie. Bien sûr, je ne ferais sans doute pas mieux, mais du point de vue de l'amateur de biographie que je suis, cela m'embête concernant même ma critique. Il est possible de lire plusieurs paragraphes agréablement et, tout d'un coup, une tournure de phrase, ou une formule un peu pompeuse, vient "casser" la lecture, briser le rythme, obligeant parfois à revenir un peu en arrière pour retrouver le fil de la lecture. Cela ne rend donc pas la lecture fluide alors que c'est la première chose que j'attends d'une biographie (en gros, pouvoir lire cinquante page sans m'en apercevoir). Ici, j'ai lu difficilement 28 pages en deux heures de temps, voire un peu plus. Après, d'un point de vue purement universitaire, il s'agit d'une très bonne biographie. Le passage sur la famille de Messaline et quelques autres passages (bien sûr) m'ont servi pour mes révisions du Capes, concernant la question sur le monde romain.

Au final, je conseille vraiment cette biographie pour les passionnés et les spécialistes, car le style d'écriture se prête peu à un large public. En effet, l'historiographie est tout de même bien détaillée et quelques passages concernent des points plus précis sont intéressant. Il s'agit également de la première publication d'importance de Jean-Noël Castorio et, à ce titre, c'est une réussite. C'est donc dommage que le style d'écrite soit parfois peu fluide et semble peu adapté au genre biographique comme je l'apprécie en tout cas, mais à chacun de se faire sa propre opinion.

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #notes de lecture, #biographies

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