Les Mérovingiens par Jean Heuclin (2014)

Publié le 4 Avril 2015

Je me passionne pour cette période depuis presque dix ans. Adolescent, j'ambitionnais de rédiger un jour l'histoire de cette dynastie. Je me suis arrêté au Ve siècle et au règne de Clovis, ainsi qu'à quelques épisodes du VIe siècle. J'ai lu et relu L'Histoire des rois francs de Grégoire Tours tout en m'informant par ailleurs en consultant des synthèses partielles ou non totalement centrées sur les Mérovingiens. Ainsi, j'ai lu les Récits des temps mérovingiens d'Augustin Thierry (pour le XIXe siècle) et aussi l'étude de Patrick Geary, Naissance de la France : Le monde mérovingien (c'est une des meilleure jusqu'à présent). Il y a bien sûr le classique de Stéphane Lebecq, Nouvelle histoire de la France médiévale. Les origines franques Ve - IXe siècle, disponible aux Points Seuil. Ce sont les seuls ouvrages généraux que j'ai sur la période.

La sortie du livre de Jean Heuclin m'a attiré tout de suite. Je n'ai pas été déçu du tout. Chaque partie s'accompagne d'un dossier documentaire. La présence de planches photographiques permet d'illustrer le propos, notamment par des pièces archéologiques (fibules, bijoux), même s'il n'y en pas assez à mon goût. L'appareil cartographique est intéressant, même si certaines cartes sont parfois d'une lecture plus difficile que d'autres. Sont présentes des généalogies récapitulatives. Cependant, un point dommageable est l'absence d'une bibliographie (en dehors des sources utilisées, insérées sous forme d'extraits dans les dossiers documentaires ou dans les notes de bas de page). Un index manque également ainsi qu'une table des cartes.

Je ne saurais donc dire si l'auteur apporte vraiment des éléments novateurs pour la compréhension de la période. Par ce que j'en connais, je peux simplement affirmer que c'est une bonne synthèse qui sera sans doute une référence. L'auteur s'intéresse beaucoup à la mise en place de la dynastie, à l'organisation de la société mérovingienne et à la place de la religion chrétienne. L'auteur détail admirablement la transition entre le monde romain, le morcellement de la Gaule et la progressive conquête par les Francs, au détriment des Gallo-Romains, des Wisigoths, des Burgondes, puis avec les fils de Clovis des Thuringiens et Goths, voir des Byzantins en Italie. La conquête du Nord de l'Italie reste un épisode peu connu, qui n'eut pas de conséquence durable, mais qui montre l'importance des Mérovingiens en Occident à cette époque. Ils jouaient parfaitement le rôle d'arbitre tout en s'affaiblissant intérieurement par les partages et par la constitution d'une aristocratie puissante. Il détail aussi la période allant du milieu du VIIe siècle au début du VIIIe, notamment avec la figure de Brunehaut, mais semble négliger un peu la fin de la dynastie (même si les sources sont peu abondante). Pour finir et pour donner un exemple du travail de Jean Heuclin, prenons le débat emblématique sur la date du baptême de Clovis (p.134-137). L'auteur propose une datation intermédiaire, tout en montrant qu'il est impossible de la connaître exactement. Il réfute ainsi 496 et 508 (hypothèse de Régine Le Jan), proposant pour sa part 498/499 (la plus couramment utilisée aujourd'hui), voir 506, en reprenant l'hypothèse "solide" de Van de Vyver.

En bref, il s'agit d'une brillante synthèse, qui cherche, il me semble à montrer l'envie des Mérovingiens de ressembler à Byzance. Le second point est l'étude de l'émergence de la culture chrétienne. Enfin, c'est la question de l'unité des royaumes francs qui se pose tout au long de la période. Pour conclure, elle est accessible aux passionnés de cette période et aux étudiants désireux d'en savoir plus.

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #notes de lecture, #histoire

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