Parutions en Histoire : biographies et "histoire-bataille".

Publié le 3 Mai 2015

Les livres listés dans cette rubrique sont parus il y a parfois quelques mois. La plupart n'ont pas été lu. Je n'ai pas les moyens financiers d'acheter ses livres, même si beaucoup ont été feuilletés en librairie et aussi empruntés (pour une infime partie cependant) à la bibliothèque universitaire du Havre.

Je commencerais par une commémoration : celle de Marignan. Cette bataille ouvre le XVIe siècle français. Il y a la parution d'une nouvelle biographie de Didier Le Fur sur le roi François Ier (1494-1547) qui règne de 1515 à sa mort pendant trente-deux ans. C'est ce souverain qui remporte la bataille. Il est donc logique de lier les deux et l'actualité est plutôt riche. Finalement, 2015 est autant l'anniversaire de la bataille de Marignan, connue par les anciennes générations car enseignée à l'école, mais c'est aussi celui de l'avènement de François Ier.

 

La biographie en question est écrite par Didier Le Fur, bien connu pour ses biographies de Charles VIII, Henri II ou encore Louis XII. C'est également l'auteur d'un livre sur la bataille de Marignan qui vient de paraître en poche dans la collection "Tempus" de Perrin. De même, son livre sur L'Inquisition, initialement publié chez Tallandier a été publié au Livre de Poche.

 

Un autre ouvrage est paru sur Marignan, mais il ne s'agit pas d'une réédition, mais d'un inédit en grand format chez Tallandier. L'auteur est Amable Sablon du Corail, dont le Louis XI, publié en 2011, vient d'être réédité chez Belin. Je possède dans ma bibliothèque les deux livres de cet auteur, archiviste, issu de la prestigieuse Ecole des chartes. C'est "un chartiste", comme nous disons, et donc quelqu'un qui maîtrise parfaitement les méthodes historiques et aussi la langue française (ce qui est un gros plus). 

 

 

C'est une bataille sanglante, qui marque aussi un tournant entre deux époques. Les guerres d'Italie de Charles VIII et Louis XII sont encore dans les esprits. François Ier fait la guerre pour le duché de Milan. C'est finalement une bataille pour du beurre puisque la défaite de Pavie (1525) éclipse tout le faste du roi qui a cru pouvoir être empereur à la place des Habsbourg. A sa décharge, il est opposé à plusieurs grands souverains à cette époque, notamment Charles Quint en Autriche et en Espagne et Henri VIII en Angleterre. 

Faisons un petit retour en arrière, mais pas trop loin quand même, puisque nous allons au XVe siècle avec Charles le Téméraire. Georges Minois vient de faire paraître chez Perrin, une biographie de ce duc de Bourgogne. J'ai commencé à la lire et je ne suis pas déçu. C'est bien écrit, même si ce n'est pas forcément grand public. Les citations d'auteurs sont dans le style du temps, c'est-à-dire un français difficile à lire. Je trouve cela plaisant, à titre personnel, parce que cela replace le personnage dans son contexte, y compris la manière d'écrire. 

  

Georges Minois est connu du grand public, même si c'est sans doute moins que Jean-Christian Petitfils pour les XVIIe et XVIIIe siècle. Il est principalement un auteur de biographies (Charlemagne, Philippe le Bel ou encore Charles VII), mais aussi d'essais (sur la censure ou encore l'athéisme) et de réels ouvrages d'histoire (sur la Guerre de Cent Ans par exemple). En 2014, il a par exemple publié un ouvrage sur la bataille de Poitiers (1356), défaite française. 

 

Je n'ai pas lu non plus ce livre. L'envie de l'acheter n'est pas moins forte. La collection "l'histoire en batailles" de chez Tallandier est prestigieuse. Elle accueille des études sur des batailles célèbres par des chercheurs talentueux. Il y a Actium (31 avant J.-C.) par Pierre Cosme, Hastings (1066) par Pierre Bouet, Courtrai (1302) par Xavier Hélary, Tannenberg (1410) par Sylvain Gouguenheim, Wagram (1809) par Arnaud Blin, Gettysburg (1863) par Farid Ameur, Pearl Harbor (1941)  par Hélène Harter ou encore Diên Biên Phu (1954) par Ivan Cadeau. Ces livres sont de qualités inégales, sans doute, mais il s'agit de très bons essais, dans le pire des cas. Ils permettent en tout cas de rentrer dans une époque par l'évènement, celui qu'exécrait un Fernand Braudel (qui pourtant écrivit sur Lépante). Le précurseur de ce renouveau de l'histoire-bataille moderne est bien sûr Georges Duby avec son livre sur la bataille de Bouvines (1214). 

Après cette période qui me plaît particulièrement, nous allons faire un bon dans le temps, pour arriver aux XVIIe et XVIIIe siècles. Je vais faire part de publications plus très récentes puisque datant de la fin de l'année 2014. Pour rester dans la biographie, il y en a une sur Richelieu, écrite par Arnaud Teyssier. Cet auteur est un biographe "professionnel", c'est-à-dire qu'il est plus connu pour ses biographies que pour ses autres livres. Teyssier a notamment écrit sur Louis-Philippe, Lyautey ou encore Péguy.

 

Richelieu est bien connu et de nombreuses études lui ont été consacré. Au départ, proche de la reine mère, il est exilé après l'assassinat de Concini (1617). Il rabiboche ensuite Louis XIII avec sa mère. L'épisode célèbre des débuts de Richelieu reste celui de la fameuse "journée des dupes". Une journée sur laquelle Christian Jouhaud a consacré un livre, publié chez Gallimard en janvier 2015, et intitulé Richelieu et l'écriture du pouvoir: Autour de la journée des Dupes.

L'autre ouvrage concerne le roi le plus connu sans doute par les Français : Louis XIV. Il s'agit d'une réédition chez Flammarion de l'étude d'Olivier Chaline sur le règne du Roi-Soleil.

 

J'ai lu de nombreux passages de ce livre, qui est dans ma bibliothèque. Il n'est pas pour un grand public, de mon point de vue en tout cas. C'est une sorte de mise en récit d'un cours universitaire. Il ne s'agit donc pas d'une biographie, comme le précise le titre, ni même d'une histoire du règne dans un ordre chronologique traditionnel. Au contraire, c'est très problématisé. 

Le successeur de Louis XIV a droit, lui aussi, à sa biographie. Il s'agit de celle de Jean-Christian Petitfils parue chez Perrin en novembre de l'année dernière. Je ne l'ai pas encore lu, mais je l'ai dans ma bibliothèque également.

  

Finissons ce panorama des parutions en faisant un nouveau bond dans le temps, en nous rendant à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle. Deux biographies ont attirés mon attention. L'une est rédigée par Emmanuel de Waresquiel et concerne Fouché. Elle a été édité par Tallandier et Fayard associé. L'auteur est un biographe reconnu pour son Talleyrand (2003), qui a obtenu le Prix Thiers de l'Académie française, et aussi pour sa vie du duc de Richelieu (celui du XIXe siècle, bien sûr). Il est également l'auteur d'ouvrages historiques d'un niveau universitaire, notamment sur les pairs de France ou les Cent Jours. En collaboration avec Benoît Yvert, il a également publié chez Perrin une Histoire de la Restauration (1814-1830) (1999), trop centré sur Paris et trop événementiel pour être utile sur des points historiographiques précis. Elle est néanmoins très documentée et sérieuse car les deux auteurs maîtrisent parfaitement les sources et leur sujet.

Fouché est un personnage mystérieuse, créateur de la police moderne, responsable de plusieurs massacres durant la Révolution française. C'est donc une personnalité polémique. Il a suscité toutefois l'intérêt des biographes et notamment celle d'un autrichien fort célèvre, Stefan Zweig (1881-1942). Son Joseph Fouché est paru en 1929 en allemand et dès 1930 pour la traduction française. Ce livre est disponible au Livre de Poche.

L'autre ouvrage concerne un personnage tout aussi polémique que Fouché : Maximilien de Robespierre. L'auteur est un spécialiste de la Révolution française, connu pour n'être pas pour ou contre "l'incorruptible". Sa biographie est plutôt neutre et, aspect intéressant, elle étudie le Robespierre d'avant la Révolution, c'est-à-dire le noble d'Ancien Régime, une période bien moins connue.

Pour les dernières parutions récentes et digne d'importance à mes yeux, je ne vais pas en faire une présentation détaillée, mais je vais mettre les couvertures. Il y a, dans l'ordre chronologique, la biographie de Bertrand Lançon sur Théodose et celle de Jean-Philippe Cénat sur Louvois, l'étude de Bernard Cottret sur la première révolution anglaise et pour finir une biographie de Kersaudy (une réédition) consacrée à Churchill. 

   

Bien sûr, il serait possible d'en citer beaucoup d'autres, mais il me faut faire un choix quelque peu orienté. J'aime beaucoup les biographies, mais aussi les grandes synthèses. Je finirais en citant un ouvrage collectif qui vient de paraître chez Perrin (le 30 avril 2015 !) sur le siècle de Louis XIV, pour reprendre le célèbre titre du livre de Voltaire.

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #parutions

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