Darius, les Perses et l'Empire par Pierre Briant (Gallimard, 1992)

Publié le 7 Juin 2016

Pierre Briant, professeur honoraire au Collège de France, est un spécialiste de l'empire perse. Ce petit texte (176 p.) sur Darius est édité dans la collection Découvertes. Synthétique, agréable à lire, richement illustré, il fut terminé rapidement.

 

1. Darius s'empare du pouvoir (522)

 

Dans une première partie, Briant aborde la prise de pouvoir de Darius. Il succède à Cyrus (557-530) et Cambyse (530-522) en usurpant le trône à Bardiya. Ce dernier, frère de Cambyse, est assassiné par la conjuration des Sept, menée par notre héros. Darius vient d'une famille de notable, mais qui n'a aucune légitimité royale. Il doit faire face à des soulèvements qu'il réprime dans le sang. Il renforce le sytème satrapique et impose la réforme tributaire pour financer sa politique de prestige. Dès le début, il se place sous la protection du dieu Ahura Mazda. Il est d'ailleurs considéré comme un dieu vivant. Il se grime, exige un protocole rigide et la prosternation de ses sujets. Il organise des banquets pour impressionner la cour. Bref, la propagande officielle véhicule l'idée qu'il a été désigné par les dieux. Un récit d'Hérodote, dans L'Enquête, va dans ce sens.  

Aux premières lueurs du jour, les six se présentèrent à cheval, comme il était convenu. En cheminant par le faubourg, ils arrivèrent à l'endroit où la jument avait été attachée la veille : le cheval de Darius y courut aussitôt et hennit. Au même instant un éclair sillonna le ciel serein et le tonnerre retentit. Ces signes accumulés en faveur de Darius consacrèrent son succès, tout comme s'ils avaient été envoyés à dessein : ses compagnons descendirent en hâte de leurs bêtes et se prosternèrent à ses pieds.

HERODOTE, L'Enquête, livre III, 86

2. Darius et ses peuples

 

Dans une seconde partie, Briant décrit Darius et ses peuples. L'idéologie royale fait de la diversité ethnique et linguistique un atout. Le but est de montrer la grandeur de l'empire. Les chantiers royaux permettent à des milliers de travailleurs de manger à leur faim. Quant aux satrapies, elles reproduisent un état miniature, avec une capitale, un palais et un trésor. A cela s'ajoute une administration très organisée, notamment avec la tenue d'un cadastre et de voies de communication très perfectionnées. Il y a de nombreux centres d'archives. 

 

Toutefois, l'élite perse revendique une identité culturelle particulière, et donc supérieure. Les Perses jouissent d'ailleurs d'un statut particulier par rapport aux autres peuples. Seule la noblesse perse peut diriger une satrapie. Concernant l'armée, ce sont souvent des membres de la famille royale qui sont généraux. C'est le cas lors du soulèvement de la Ionie en 499. 

 

Malgré tout, Darius respecte la diversité religieuse et culturelle des peuples de son empire. En Egypte, il fait même mettre par écrit les lois égyptiennes et entreprend une politique de grands travaux pour restaurer certains temples. Il s'impose également comme le continuateur du pharaon Néchao (610-595) en achevant le creusement du canal entre le Nil et la Mer Rouge. En Judée, il aide les Juifs à reconstruire le Temple de Jérusalem en 519/518. Bref, la rigidité du pouvoir et la répression impitoyable des révoltes se trouve compensée par une certaine tolérance du pouvoir central à l'égard des particularités locales.  

3. La politique intérieure et extérieure de Darius

 

Dans une troisième partie, il est question de la politique de Darius, intérieure comme extérieure. Sur le plan des campagnes militaires, le bilan du Roi des rois est mitigé. Il échoue face aux Scythes, mais écrase les Gètes, qui appartiennent au groupe des Thraces. Vers l'Ouest, les armées sont victorieuses. Mégabaze s'empare de Périnthe et en 510 impose la soumission au roi de Macédoine, Amyntas Ier. Otanès, de son côté, s'empare de Byzance, de la Chalcédoine et des Îles Lemnos et Imbros. Il soumet définitivement la Thrace qui devient une nouvelle satrapie.

 

Une tâche vient cependant se former sur ce beau tableau : la révolte des Ioniens en 499 et 493. Près de six années de guerre civile. A l'origine, il y a le tyran de Milet, Aristagoras qui se retourne contre Artaphernès (frère du roi), satrape de Sardes, qui cherchait à envahir les Cyclades. Athènes et Erétrie rejoignent la révolte, mais ils perdent lors d'une bataille à Ephèse. Artaphernès reprend du terrain lorsque Chypre s'allie à la Ionie. Le général Daurisès arrive en renfort et écrase les Cariens à Salamine, une quinzaine d'années avant la fameuse bataille de 480. En 494, les Perses s'imposent sur mer à Ladè. La ville est rasée et la région pacifiée l'année suivante. 

 

Dès 492, les forces perses reprennent la lutte vers l'Ouest. Mardonios s'empare de Thasos et le roi de Macédoine, Alexandre Ier (498-454), est contraint de confirmer sa soumission au roi perse. Datis et Artaphernès occupent sans difficultés les îles de l'Egée. Mais, en 490, ils sont battus à Marathon par les Athéniens et les Platéens alliés pour l'occasion. Toutefois, cette défaite est insignifiante, Datis ne disposant pas des moyens suffisants. 

 

En 487, nouvelle tâche au tableau, la révolte de l'Egypte. Darius prépare ses troupes lorsqu'il meurt. Xerxès, un fils cadet, choisit par le roi défunt, s'impose sans problèmes.   

4. L'héritage de Darius

 

Dans une quatrième et dernière partie, Briant aborde l'héritage de Darius. Celui-ci laisse à son fils une situation difficile en Egypte. Xerxès fut le continuateur de son père plutôt qu'un souverain de rupture. C'est ce que sous-entend Briant en abordant très largement ce règne dans son livre.

 

Dès 485-484, Xerxès en termine avec les Egyptiens pour se concentrer sur la Grèce. Le Grand Roi veut se venger définitivement d'Athènes. Cette campagne fut un semi-échec, malgré une domination des ingénieurs perses. L'organisation est parfaite. Seulement, les Spartiates se sacrifient aux Thermopyles (août 480) avant la victoire alliée à Salamine, sur mer (septembre 480). Xerxès repart avec son armée terrestre intacte. Il laisse sur place Mardonios, commandant d'une armée d'élite. Elle moins efficace sur le plan opérationnel.  Mardonios envahit l'Attique en 479, malgré Salamine. Mais les Grecs ne laissent pas faire et font reculer les Perses en Béotie. La flotte de Xerxès est détruite au Cap Mycale en août de la même année. 

En bref

 

Il s'agit d'un petit livre très complet, intéressant et qui replace intelligemment le règne de Darius dans un temps long. Pour les lecteurs les plus passionnés, il est indispensable de continuer la découverte de cet empire par un autre livre de Briant, son Histoire de l'empire perse (Fayard, 1996). 

 

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #notes de lecture, #histoire

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