Lectures diverses.

Publié le 1 Juillet 2017

Depuis quelques semaines, avec l'arrivée des fortes chaleurs et quelques réparations sur ma ligne Internet, le temps a joué contre moi. Je reviens donc avec un article comprenant mes impressions sur les quelques ouvrages lus. Je vais essayé d'être concis et rapide car j'ai l'habitude d'écrire des articles un peu trop conséquents. 

Depuis mars-avril, je comptabilise (seulement) quatre lectures. Comme je lis (presque) uniquement dans les transports en commun en ce moment, c'est un peu plus long pour finir un ouvrage.

Le premier dont je vais parler est une très belle surprise. Un petit livre, trouvé par hasard à la librairie : En lisant, en écoutant. Lectures en petit comité, de Hugo à Mallarmé, Les impressions nouvelles, 2017, par Vincent Laisney. L'auteur n'est pas un inconnu pour qui s'intéresse à l'histoire littéraire du XIXe siècle. Il a cosigné avec Anthony Glinoer une somme sur L'âge des cénacles (Fayard, 2013), obtenant en 2014 le Prix Guizot de l'Académie Française. Ce que Laisney étudie dans son nouvel essai est un sujet original : la lecture à haute voix en petit comité. Pour ce faire, il part d'un tableau de Théo van Rysselberghe (1862-1926), un peu énigmatique au début (la couverture en est un extrait).

Théo van Rysselberghe, Une lecture, 1903, huile sur toile, musée de Gent. 

Le lecteur, en rouge, est un poète français très connu à la Belle Epoque, Emile Verhaeren, grand ami de Stefan Zweig. Tout au long de son essai, Laisney montre surtout qu'il s'agit d'une lecture de travail, en attente des critiques des pairs. Il explique aussi les codes de certaines de ces réunions et l'aspect formel qu'elles prennent lorsqu'ils s'agit d'un grand auteur comme Hugo. Les autres sont en admiration, parfois forcé. Au final, ce fut une lecture passionnante, à la découverte de grands auteurs du XIXe, début XXe siècle.

L'intérêt de ce petit ouvrage est son caractère pluridisciplinaire, à la fois histoire littéraire, histoire de l'art, historiographie... L'auteur utilise le "je", parle de sa recherche en train de se faire, parfois évoque les pistes qui se transforment en impasses. Outre quelques illustrations, l'intérêt se trouve dans les abondantes citations d'auteurs. Laisney laisse la parole à ses protagonistes. L'essai est suivi par des annexes, en fait de larges extraits de pièces de théâtre lus en petit comité entre 1819 et 1899. S'ajoute un index des personnes citées.

Le second ouvrage, achevé cette semaine, est un essai historiographique : La revanche de l'histoire, Odile Jacob, mai 2017, par Bruno Tertrais.

L'auteur est un politologue et géopoliticien qui a travaillé pour le ministère de la défense. Il est proche du Parti socialiste et a été membre du think tank Terra Nova (avec lequel je suis en désaccord sur de nombreux points). Dès lors, j'avais envie de lire ce qu'une personne comme lui pouvait penser de l'Histoire. L'auteur met en garde son lecteur contre toute volonté de prendre sa revanche sur l'histoire. Il est pourtant connu pour avoir été favorable à la guerre en Irak en 2003 et pour les sanctions contre la Russie lors de l'invasion de la Crimée. Bref, c'est quelqu'un qui a un rapport à l'histoire très passionnée et politique, malgré une volonté de lisser son discours.

L'ouvrage est découpé en cinq chapitres. Dans le premier, il aborde le concept de fin de l'Histoire et évoque l'utilité de cette discipline pour le temps présent. Faut-il récupérer l'histoire à des fins politiques ? S'en inspirer positivement ? Son essai tente d'y répondre en évoquant le rôle de la mémoire et son importance au sein des nations européennes, et particulièrement en France. Le devoir de mémoire doit pouvoir dépasser le passé pour construire le futur, laisse t-il entendre en substance. Pour les lecteurs peu familier de ce genre d'essai, il apportera des éclairages intéressants, notamment sur la résurrection de certains "fantômes du passé" par des dirigeants politiques. Poutine qui mélange l'héritage tsariste avec celui des communistes, prenant comme modèle Pierre le Grand autant que Staline. Tertrais montre fort justement que certains pays, dont la Russie, n'hésite à détourner l'histoire, si ce n'est à inventer les faits.

Bref, un petit essai agréable, parfois répétitif, intéressant pour tout étudiant ou citoyen qui voudrait comprendre l'actualité récente sous l'angle de la mémoire et de la place de l'histoire dans les sociétés humaines. Pour le reste, l'analyse est très généraliste. Je n'ai pas forcément appris des choses, mais c'est un bon rappel et l'ouvrage m'a donné envie de me remettre à l'analyse de l'actualité. Il m'a aussi permis de me questionner à nouveau sur l'Histoire, après une longue pause dans la lecture d'ouvrages de ce type. Le dernier fut la relecture de L'Histoire continue de Georges Duby.

Le troisième livre est une biographie (pour ne pas changer). Il s'agit du Caligula de Jean-Noël Castorio, paru aux éditions Ellipses en 2017.

L'auteur s'est fait connaître auprès des amateurs d'histoire avec son portrait de Messaline, la putain impériale (Payot, 2015). Il fut aussi mon professeur d'histoire ancienne à l'université du Havre et j'ai ouïe dire qu'il n'avait pas apprécié ma critique sur cette première biographie (voir ici). En gros, je n'avais pas accroché au style, assez lourd selon moi, tout en trouvant le fond passionnant. Ajoutons que l'écriture d'une biographie est un exercice très difficile pour un historien. De plus, je n'ai pas pour habitude de faire une critique flatteuse uniquement dans le but de plaire à quelqu'un. Je reste honnête avec moi-même et critique du point de vue du lecteur et amateur d'histoire que je suis. J'attendais son Caligula avec impatience pour comparer.

J'ai été très agréablement surpris de le lire relativement bien. L'ouvrage fait tout de même 477 pages. Il comprend sept planches iconographiques, une chronologie de la vie de l'empereur, une bibliographie commentée et un index. Dès les remerciements, première page du livre, il cite Christian Chevandier, qui fut mon directeur de mémoire, pour son aide sur Camus. Dans ses cours, il arrivait à M. Chevandier de nous parler de l'écrivain français avec passion. Il s'était même rendu en Algérie sur ses traces. Camus est en effet l'auteur d'une pièce de théâtre sur l'empereur romain. Castorio l'évoque dans une partie intitulée « Absurde Caligula, une autre lecture du tyran » (p. 393 à 409). Une pièce que j'ai eu l'occasion de lire et dont l'auteur cite de larges extraits. D'ailleurs, dans son chapitre VI, lorsqu'il évoque l'héritage du mythe caliguléen au fil du temps, il cite souvent d'importants passages des textes présentés. 

Je disais donc que la lecture a été fluide et agréable. Mise à part quelques répétitions, impossibles à éviter au vu de la somme, j'ai trouvé que l'auteur entrait assez bien dans le cadre de la collection "biographies et mythes historiques" de la maison d'édition. Pour quelqu'un comme moi, ayant du arrêter mes études pour des raisons indépendantes de ma volonté, avec un réel déchirement, pouvoir me replonger dans l'histoire ancienne est vraiment plaisant. Dès lors, c'est une biographie que je conseille car elle donne à la fois un aperçu du règne de Caligula sous différents angles et une étude de l'impact que le souverain à eu au fil des années et des siècles. Castorio développe ainsi sa biographie autour du thème du tyran. Sans être original, à première vu, je crois qu'il cherche à casser - dans l'esprit du lecteur - l'image traditionnelle que nous pouvons en avoir. Une démarche très intéressante. Notamment, il montre que la folie et la tyrannie de Caligula est peut-être plus répandue dans la famille des Julio-Claudiens qu'on ne croirait au premier abord et ne serait donc pas une exception si notable. Ce qui pose la question de savoir pourquoi l'empereur est presque devenu l'idéal-type du tyran ?

Je vous laisse découvrir la suite en lisant cette biographie qui mérite sa place dans toute bonne bibliothèque d'histoire ancienne sur les empereurs romains, et l'histoire romaine en générale.

Je parlerais très rapidement du dernier livre lu, car il ne nécessite pas de longs discours. Il s'agit de l'ouvrage de Hubert Reeves, J'ai vu une fleur sauvage. L'herbier de Malicorne (Seuil, 2017). Sur les 247 pages de ce beau livre, 183 sont consacrées à l'herbier. Une à deux pages par fleurs ou plantes, avec de très belles photos et un commentaire de Reeves. Dans la seconde partie de l'ouvrage, il aborde des questions de botanique. C'est assez généraliste, mais fort passionnant pour un néophyte comme moi.

Il s'agit d'un bel objet, d'un livre que j'ai envie de garder en l'état et qui fera un beau cadeau pour tout amoureux de la nature ou tout simplement pour tout citoyen soucieux de comprendre la beauté et l'ingéniosité dont les plantes sont capables.

 

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #histoire, #historiographie, #sciences

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