Les "historiens de garde".

Publié le 1 Mai 2013

Dernière mise à jour le 17 mars 2014.

 

Cet article est une version remaniée d'un billet publié sur mon ancien blog.

Capture d'écran du blogue. Pour voir l'article : http://jeanjaures.over-blog.fr/article-contre-le-retour-de-l-histoire-nationaliste-et-chretienne-110150109.html

Capture d'écran du blogue. Pour voir l'article : http://jeanjaures.over-blog.fr/article-contre-le-retour-de-l-histoire-nationaliste-et-chretienne-110150109.html

« À la rentrée 2010 déjà, puis en 2011 jour pour jour, Dimitri Casali attaquait les nouveaux programmes d’histoire-géographie en prétendant que ceux-ci ne faisaient plus « aimer la France ». Relayée par certains médias complaisants au nom de la défense de l’« identité nationale », cette campagne avait d’abord pris la forme d’une pétition largement signée où se côtoyaient Max Gallo, Stéphane Bern, Frédérik Gersal et Eric Zemmour, avant de donner naissance à une page Facebook sous l’exergue : « Louis XIV, Napoléon, c'est notre Histoire, pas Songhaï ou Monomotapa ». » (CVUH, 27 août 2012).

Capture d'écran du site. Pour lire l'article : http://cvuh.blogspot.fr/2012/08/vague-brune-sur-lhistoire-de-france.html

Capture d'écran du site. Pour lire l'article : http://cvuh.blogspot.fr/2012/08/vague-brune-sur-lhistoire-de-france.html

Les critiques actuelles sur le contenu des programmes d'histoire dans le secondaire sont une vaste blague. Dimitri Casali essaie de nous montrer que cette histoire, celle qui fait l'apologie de la nation française, avec ses « grands hommes » et ses « grandes dates », a été mise à la poubelle. Déjà, il suffit de lui rétorquer le plus sympathiquement du monde que l'histoire à la Lavisse a ses limites. Pour bien comprendre les limites de son discours, il suffit d'écouter ce qu'il dit dans une émission sur France 5 (voir ci-dessous).

Ainsi, Casali nous affirme que Napoléon rétablit l'esclavage en 1802 sous la pression des lobbys bordelais et nantais. Certes… Il ajoute qu’aucun pays n'a aboli l'esclavage avant la France. Faux ! Pour le Danemark c'est 1792 (voir la capture d'écran ci-dessous). La France, pour la première abolition, c’est 1794 ! Il cherche à faire de la pédagogie en parlant de « grammaire de l'histoire » (du Braudel en beaucoup moins bien soi-dit en passant). Il ose dire de Napoléon qu'il n'était pas français, mais un immigré. C'est une grave erreur historique. Bonaparte est né en 1769, peu après l'achat de la Corse par la France. Il est donc né sujet du roi Louis XV. Casali est historien par ses titres universitaires, mais il se permet de sortir des contrevérités totalement grossières. Cela doit nous faire réfléchir sur ce qu'on a bien pu lui apprendre à l'université. En gros, cet historien a largement dévié de ce que doit être un historien sérieux, c'est-à-dire quelqu'un d’apolitique en tant que professionnel, quelqu’un qui tend à l’objectivité et à l’impartialité.

Capture d'écran de Cairn, tirée du livre de Pétré-Grenouilleau, "La traite des noirs", PUF, Collection "Que sais-je ?", Paris, 1998 (1ère édition 1997)

Capture d'écran de Cairn, tirée du livre de Pétré-Grenouilleau, "La traite des noirs", PUF, Collection "Que sais-je ?", Paris, 1998 (1ère édition 1997)

Mépriser autant l'histoire africaine, l'histoire des autres pays, est un peu choquant. Ouvrir les programmes à la « diversité » est une bonne chose. Personnellement, si j'avais vu l'histoire de l'Afrique au Collège cela m'aurait intéressé. Il ne peut pas y avoir une histoire du chacun pour soi. Il faut sortir un peu de son quant à soi. Casali nous martèle qu'on ne peut plus dire de l'histoire de France que c’est une histoire que l'on aime bien. J'ai pu critiquer les programmes parce qu'ils sont infaisables sur le plan du temps, mais je reste un passionné de l'histoire de France et j'aime bien les « grands hommes » car ils font partie de l'histoire. Pour autant, je suis favorable à une ouverture vers une histoire plus sociale, plus économique et plus culturelle. Lycéen, je me suis passionné pour la figure de Clovis, aujourd'hui largement méconnue et passée sous silence. Elle apparaît comme « ringarde » aux yeux de beaucoup d'intellectuels. Clovis, ce « barbare ». Or, les travaux sur la période mérovingienne sont nombreux et nous montrent un visage bien plus intéressant en comparaison à celui que Casali veut inculquer aux élèves. Un Casali qui nous affirme encore – au XXIe siècle – que l'histoire des Mérovingiens se résume aux règnes de Clovis et de Dagobert, avec la décadence des rois fainéants, etc. C'est complètement has-been.

 

Il appartient à ces gens, ceux qui pensent encore l'histoire comme l'âge d'or des « grands hommes » et des « hauts faits », qui n'ont aucune conscience de notre société. Or, la médiocre jeunesse d’aujourd’hui évolue dans une société des interconnections. Les enfants et les adolescents se fichent pas mal des « grands hommes ». Pour ma part, me parler de De Gaulle au Lycée m'énervait largement. D'une part, je le trouvais complètement dictatorial (même s’il n’est pas critiquable sur tout, loin de là), ensuite parce que j'aurais préféré avoir un cours sur mai 68, par exemple. Certes, j’étais alors dans une période naïve de mon adolescence. Je contestais la loi sur le CPE. Toutefois, je suis revenu de cette période. Je pense, aujourd’hui que les programmes forcent les professeurs à faire un panorama de la Guerre Froide en noyant le poisson dans l'eau et en rendant la période tout à fait ennuyeuse et complexe pour les élèves.

 

Dès lors, que Casali et Deutsch s'évertuent à nous présenter une histoire nationaliste et traditionaliste est très problématique, d'autant plus pour Casali, qui est un historien « professionnel ». Ce qui est encore plus grave, c'est que, non seulement ils se permettent de nous « embêter » avec leur discours, mais en plus ils font des erreurs historiques graves et nous montrent qu’ils ne sont jamais sortis de leur sympathique cocon doré qu'est l'histoire franco-française. Ainsi, le Comité de vigilance face aux usages publics de l'Histoire (CVUH) a écrit sur son site un communiqué alarmant, notamment, sur le livre de Casali, L'altermanuel d'histoire de France : « On y trouvait tous les clichés les plus simplistes et scandaleux : nos enfants étudieraient davantage l’histoire de la Chine ou de l’Afrique que celle de leur propre pays, la chronologie de la nation serait volontairement dissoute dans l’histoire du monde, les écoliers ne connaîtraient plus les rois et héros qui auraient bâti la nation. Ces affabulations avaient aussitôt soulevé un tollé général. Elles ont été démenties par de nombreux historiens, ainsi que par les principales associations de professeurs d’histoire-géographie. Contrairement à ce que prétendent les signataires, ni Napoléon ni Louis XIV n’ont disparu des programmes scolaires. Quant à la partie « Regards sur l’Afrique », elle n’occupe que 10% du temps consacré à l’histoire de la classe de 5e. » Dès lors, et je partage l'avis du CVUH, le communiqué est sans appel : « Flattant quelques racistes et xénophobes, cette polémique a provoqué de virulentes menaces et attaques antisémites contre Laurent Wirth, alors doyen de l’Inspection Générale, accusé d’être à la tête d’un vaste complot visant à brader l’histoire de France. »

 

Voilà à quelles extrémités des individus malsains, qui polluent les médias avec leurs discours antirépublicains, en sont arrivés : à des menaces envers un haut-fonctionnaire de l'état, s'en prenant à sa personne et en ne discutant, à aucun moment, du fond des programmes. Casali, Zemmour, Gallo, Bern & compagnie, sont des dangers pour l'histoire scientifique, l'histoire des historiens. Je suis le premier à défendre l'historiographie, à défendre même l'histoire de France. J'ai chez moi l'histoire de France de Michelet et celle de Lavisse (récemment publié aux Éditions des équateurs). Je suis un lecteur assidu d'historiens français du XIXe, mais aussi de nombreux autres du XXe siècle. Je fais ici échos à un commentaire posté sur mon ancien blog. Le commentaire est écrit par un internaute « condescendant » et « prétentieux » (certes, je ne lui donne pas totalement tort sur les fautes d'orthographe et de grammaire). Par honnêteté, et parce que la critique est toujours utile, voici le lien vers le commentaire (en format pdf)

Je suis un citoyen politiquement à gauche, aucunement réactionnaire. Je suis ouvert sur le monde et sur les progrès historiographiques de ses dernières années. Je suis aussi le premier à mettre en garde contre une certaine lecture de l'histoire. Les historiens du XIXe, dans l’imaginaire collectif, mettent tous en avant la nation et le patriotisme. Ainsi, il est curieux de constater la hargne des réactionnaires de droite contre Langlois et Seignobos, alors que ces mêmes réactionnaires défendent Bainville dans le Figaro Histoire (voir sur le sujet une mise au point de William Blanc).

Capture d'écran du site. Pour voir l'article : http://aggiornamento.hypotheses.org/1023

Capture d'écran du site. Pour voir l'article : http://aggiornamento.hypotheses.org/1023

Pour pouvoir critiquer, il faut connaître ces « historiens de garde », et je connais certains écrits de Zemmour et de Gallo. Max Gallo, qui fait l'oubli (volontaire ?), dans son Roman des rois, de parler de la répression des juifs par Louis IX, est plus que critiquable. Il la minimise largement. Dès lors, l'histoire que nous proposent ces « gens de droite », qui ne parlent pas des femmes, qui ne parlent pas de conflits sociaux (si ce n'est pour accuser les acteurs de tel ou tel événement de terrorisme)… Ces mêmes réactionnaires minimisent les actes des révolutionnaires de la première heure, mais aussi ceux des communards.

 

Je termine mon article en citant la conclusion du communiqué du CVUH – que je vous invite à lire – car il résume bien mes propos et le message que je défends : « Nous avons été de ceux qui ont dénoncé les programmes de 1ère au nom d’arguments professionnels et historiographiques. En reprendre quelques-uns et les amalgamer à de telles obsessions droitières relève véritablement de l’imposture. Cette offensive éditoriale ne vient évidemment pas de nulle part. Outre Jean Sevilla lui- même, proche des milieux royalistes et catholiques conservateurs, les auteurs des livres dont il fait la promotion sont tellement connus pour leurs prises de position idéologiques que leur crédibilité est engagée : « sacrifier la maison de l’histoire de France et relancer la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI), c’est ce qu’on appelle un choix » écrit Jean Sevilla. Certes, et tout est dit. »

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #actualité

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http://snoredoc.net/blog/ 09/12/2013 06:47

That was a wonderful read! The post discusses the importance of studying history! It aids to know about the ancient culture and living style! Interested to know the Roman history! Expecting an article on that in the future!

LOUANCHI 12/11/2013 13:08

HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE

lien vers http://www.dailymotion.com/vid [...] e-vie_news
En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler.
35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.

Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)

Interview du 26 mars 2012 sur radio-alpes.net