Correspondance (1942-1982) de Jakobson et Lévi-Strauss (Seuil, 2018)

Publié le 19 Août 2018

La Correspondance (1942-1982) entre Roman Jakobson et Claude Lévi-Strauss a été publié au Seuil en 2018, dans la collection « La librairie du XXIe siècle ». Elle fait 422 pages. La correspondance elle-même fait 278 pages. Elle est accompagnée par une préface d'Emmanuelle Loyer et Patrice Maniglier. Loyer est la biographe de Lévi-Strauss (Flammarion, 2015). La correspondance est suivie par des annexes, en fait des textes cités dans les lettres et publiés ici (ce qui est très intéressant pour les spécialistes des questions abordées, dont je ne suis pas du tout).

 

Voici une correspondance passionnante, même si je suis loin d'avoir tout compris. En effet, il s'agit principalement de linguistique structurale. Jakobson (1896-1982) et Lévi-Strauss (1908-2009) sont évidemment très connus dans les milieux spécialisés. Lévi-Strauss, avec Tristes tropiques, notamment, a aussi un lectorat plus large et très international.

Lorsque j'ai commencé ma première année de licence - en 2009 - Lévi-Strauss est mort peu après (en octobre). Évidemment, comme je faisais de la sociologie en discipline secondaire, j'en ai entendu parler à ce moment-là. Après, j'en ai surtout eu des échos négatifs. Les professeurs d'Histoire lui reprochent surtout son Race et histoire (ce qui est surprenant, car ce livre est une commande de l'Unesco contre le racisme). Les sociologues - certains du moins - trouvaient Lévi-Strauss peut-être un peu trop mathématicien, peut-être aussi un peu trop formaliste (ce dont il se défend dans certaines lettres, si j'ai bien tout compris).

En effet, c'est l'aspect le plus déroutant de sa pensée. Avec Jakobson, ils s'interrogent sur des problèmes techniques de linguistique et sont très intéressés par les théories mathématiques pouvant expliquer ou interpréter des phénomènes observés sur le terrain.

Jakobson et Lévi-Strauss se vouvoient, ce qui m'a beaucoup surpris, alors même qu'ils sont amis. La vie universitaire transparaît aussi. C'était un monde élitiste, dans lequel il fallait mieux avoir des réseaux. Ainsi, Lévi-Strauss échoue deux fois à entrer au Collège de France, avant d'y être admis grâce au soutien de Merleau-Ponty. Ce dernier meurt en 1961, ce qui affectera beaucoup Jakobson et Lévi-Strauss, qui le considéraient comme le meilleur philosophe français du moment (et il laisse pour eux un grand vide.)

Nous assistons aussi aux polémiques, dont Jakobson et Lévi-Strauss parlent parfois. Dans une lettre, ils évoquent notamment un article qui critique Lévi-Strauss et il juge l'auteur (un jeune étudiant) en des termes très durs. Ils semblent assez certains de leur valeur intellectuelle.

C'est d'ailleurs un autre point qui m'a impressionné. Les deux correspondants semblent êtres des bourreaux de travail. Leurs échanges permettent d'entrevoir la façon dont ils échangeaient les livres. Les revues, à une époque où Internet n'existait pas, étaient très importantes, car elles apportaient des références livresques, mais aussi permettaient d'échanger des idées (beaucoup de tirés à part circulaient entres les savants Américains et Européens par exemple). Il est aussi question de l'écriture des livres, des conseils que Jakobson donnaient à Lévi-Strauss et inversement, par exemple.

En bref, cela reste une correspondance fort intéressante, qui se lit quand même assez bien, même sans être spécialiste. Il suffit parfois de sauter quelques lignes et de reprendre après les paragraphes abordant des questions plus techniques.

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #littérature, #sociologie

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