1984 par George Orwell (Gallimard, 1950)

Publié le 30 Mars 2019

Ce roman est un classique de la littérature. Je l'ai lu dans le cadre de ma formation en BTS. C'est la fiche de lecture que j'ai fais que je reproduis ici.

 

Avant toute chose, je tiens à prévenir que je raconte la fin du roman dans ma fiche, tout en expliquant pourquoi. Une autre raison étant que je pars du principe que l'histoire est maintenant suffisamment connue et qu'il n'est pas nécessaire de méconnaître la fin pour lire ce livre.

Le roman est célèbre à la fois pour sa volonté d'anticipation et pour le personnage de Big Brother. Orwell a eu une vie en elle-même romanesque. Il a servi dans la police en Birmanie, a vécu pauvrement, a été enseignant, journaliste et même combattant lors de la guerre civile espagnole. Né en 1903 et mort en 1950, il est presque parfaitement contemporain de la première moitié du XXe siècle, qui voit se dérouler deux guerres mondiales (Orwell à 11 ans au déclenchement de la première) et émerger les régimes totalitaires que sont le nazisme, le fascisme et le stalinisme. D'ailleurs, un des supers-pays dans le roman est dirigé par le parti néo-bolchevique. L'auteur utilise même un vocabulaire propre au communisme. Les personnages, entres eux, s'appellent « camarades ». Il y aussi les « prolétaires ».

De nombreux éléments renvoient au contexte de l'époque. L'architecture d'Océania, avec les grands bâtiments pour les ministères (qui peut rappeler l'architecture soviétique ou nazie) ; le culte du sport, avec les exercices que Winston Smith (le personnage principal) pratique le matin, n'est pas sans rappeler le fascisme. Bien-sûr, la propagande et le culte de la personnalité - « Big Brother vous regarde » - sont sans doute les éléments de similarité les plus évidents. Le roman traite à la fois de ces sujets, mais aussi de la solitude. Quelque part, il essaie peut-être de répondre à cette question : comment vit-on de l'intérieur dans un régime totalitaire ?

Le roman en lui-même est découpé en trois parties, elles-mêmes subdivisées en chapitres. Dans la première partie, Winston s'interroge sur la réalité des discours qui fondent la propagande du parti. Il est notamment question de la façon dont sont revus les évènements historiques. Il est expliqué comment des passages du Times sont réécrit et les anciens documents brûlés. Ainsi, par exemple, les ennemis du régime disparaissent des livres et des documents. Régulièrement, les fonctionnaires trop zélés, trop intelligents sont « épurés », c'est-à-dire disparaissent. C'est le cas d'un collègue de Winston, Syme. La question de la pensée formatée par le régime se pose sur une autre échelle, avec celle plus large de l'éducation. Il apparaît par exemple, que les enfant Parsons (les voisins de Winston) sont formatés pour dénoncer leurs parents s'ils tiennent des propos contre Big Brother. Cela arrive à M. Parsons, qui se retrouve en prison avec Winston parce qu'il a dit « A bas Big Brother » dans son sommeil et cela a été rapporté.

Les deux dernières parties évoquent la rencontre de Winston avec Julia et l'emprisonnement de Winston. Les thèmes de la solitude, de la liberté et donc aussi de l'amour sont présents. Comment réussir à exister dans une telle société ? Du point de vue de l'être humain s'entend. Le journal que Winston écrit est donc une forme de liberté qu'il s'accorde car c'est interdit. Aimer sincèrement quelqu'un l'est tout autant. Plus globalement, Orwell a peut-être voulu aborder le thème plus général de la résistance. D'où la dernière partie du livre qui décrit la répression du régime à l'égard des dissidents. De même, a qui faire confiance ? Le propriétaire du local se retrouvent Winston et Julia est en fait un policier et O'Brien qui se fait passer pour résistant, l'est aussi.

L'espoir brisé de Winston et Julia de pouvoir vivre leur amour donne au livre une tonalité pessimiste. Les gentils ne gagnent pas à la fin et c'est assez déstabilisant. Winston subit de la torture physique et psychologique et finalement une sorte de lavage de cerveau. Les trois dernières phrases du livre résument parfaitement cet état d'esprit : « la lutte était terminée / il avait remporté la victoire sur lui-même / il aimait big brother ». Finalement, la propre d'un régime totalitaire n'est-il pas de briser toute volonté de se révolter ? Les méthodes décrites dans le roman sont celles utilisées dans le régime stalinien. Lors du fameux procès contre les cadres du parti, la torture parvenait à faire avouer n'importe quoi aux prévenus (souvent innocents). Winston est mis en face de sa plus grande phobie : les rats. Il craque et trahit son amie Julia. Une trahison volontaire, pour sauver sa vie. Une sorte d'inhumanité qui, inévitablement, détruit l'individu. Winston devient alcoolique et Julia n'est plus que l'ombre d'elle-même.

D'un point de vue plus littéraire, sans savoir trop l'expliquer, je trouve qu'il est difficile d'accrocher au style. Si le message véhiculé est en lui-même un argument devant inciter à la lecture du roman, l'histoire et la façon dont elle est amenée donne envie d'arrêter la lecture. Ce fut donc une lecture laborieuse, en diagonale pour les deux dernières parties. Malgré cette impression en demi-teinte, le sujet - la dénonciation des régimes totalitaires - et une véracité historique (concernant les méthodes des dits régimes) donnent au roman un caractère intéressant. Il est évident que ce livre est devenu « classique », un livre qu'il faut avoir lu. Mais, il ne faut pas prendre le livre pour l'histoire en elle-même. Il faut prendre de la hauteur par rapport au sujet et le replacer dans son contexte. En cela il faut le lire. Dès lors, connaître la fin n'est pas le plus important puisque l'intérêt est ailleurs.

Pour conclure, l'histoire en elle-même doit être mise au second plan. S'il fallait donner un seul argument pour inciter à la lecture de ce livre, ce serait celui-ci : il permet de faire rentrer le lecteur au cœur d'un régime totalitaire, en en évoquant les grandes lignes, de la propagande à l'architecture, jusqu'aux aspects les plus sombres (la violence sociale et la torture des prisonniers politiques). Ce roman, en un mot, est éducatif.

Rédigé par Simon Levacher

Publié dans #littérature

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